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HEROS OU HOMME D'EXCEPTION ?

13 Janvier 2020 , Rédigé par Union des Militaires Chrétiens de France

HEROS OU HOMME D'EXCEPTION ?

Héros ou hommes d'exception ?

 

Le Président de la République lors de l'hommage national a employé le terme de "hommes d'exception" plutôt que celui de "héros" pour qualifier les 13 militaires morts au Mali.

La sœur d'un de ces militaires a écrit une lettre bouleversante pour récuser le terme de "Hommes d'exception" également employé par le rédacteur d'un article.

Par ses mots forts et implacables qui se suffisent à eux-même la réponse est claire :

 

Monsieur,
 
Vous vous réjouissez de constater que le terme de “héros” pour qualifier les treize militaires morts au Mali le 25 novembre 2019 a été « sagement » remplacé par celui d'“hommes d'exception” dans les déclarations du président de la République. Je ne partage pas votre satisfaction. Tous les militaires sont des “hommes d'exception” parce qu'ils s'engagent à donner leur vie quand ils intègrent l'armée, et cela même si le risque diffère en fonction de la spécialité, de l'affectation ou du grade. Malgré leur amour de la vie, de leur famille et de leurs amis, ils s'engagent d'emblée à faire le sacrifice de leur vie au nom d'une idée supérieure à tous leurs attachements. Les civils n'y consentent pas et d'ailleurs, on ne le leur demande pas.
 
Cet engagement jusqu'à la mort fait d'eux des exceptions dans la nation, notamment de nos jours, où la notion d'engagement est si souvent dévalorisée par les élites, et où l'idée de la mort est systématiquement reléguée par l'ensemble de la société.
Dire de treize militaires morts en opération extérieure qu'ils sont des “hommes d'exception” ne les distingue pas de leurs frères d'armes qui vivent encore. C'est le sacrifice de leur vie au combat qui les distingue et qui fait d'eux des héros.
 
Je n'ignore pas qu'une enquête cherchera à déterminer les causes de la collision des deux hélicoptères et que, sauf défaillance technique avérée, c'est la défaillance humaine qui sera avancée. S'il devait advenir que la défaillance fût celle de mon frère, chef de patrouille sur hélicoptère Tigre, sa mort en deviendrait plus douloureuse encore, mais n'enlèverait rien à l'héroïsme de ses douze compagnons d'armes, et même à lui, dont le sacrifice consenti aurait précédé la défaillance.
 
Il y a mourir au combat et mourir au combat ; et l'on peut se livrer à un exercice de style pour souligner des gradations. Mais à l'analyse subtile de l'homme de plume que vous êtes et qui se pique de nuances, loin des combats, s'oppose toujours la mort simple du soldat qui ne se paye pas de mots en tombant à la guerre. Vous ratiocinez pour savoir si ces treize soldats sont morts en héros et, dans cet exercice rhétorique, vous en venez à conclure que, non, vraiment, ces hommes qui ont donné leur vie pour leur pays ne peuvent être qualifiés de héros aujourd'hui. Tristes propos qui affinent le sens des mots pour atténuer l'ampleur du sacrifice : on ne meurt qu'une fois, Monsieur.
L'esprit est perdu, mais puisque ce sont les mots eux-mêmes qui sont pour vous essentiels, j'aimerais revenir sur ceux que vous employez.
 
Pour vous, ces hommes « ne sont pas morts en combattant, les armes à la main » . Or, qui a vu une fois dans sa vie un hélicoptère Tigre devine immédiatement qu'il s'agit d'une arme d'une rare puissance que le pilote et le chef de bord tiennent entre leurs mains ; et qui peut douter que les chasseurs de Gap et les deux sous-officiers qui les accompagnaient n'aient pas eu leurs armes à la main, prêts à combattre dès l'atterrissage du Cougar dans lequel ils étaient embarqués.
 
Ils étaient en opération de combat, comme l'a rappelé le chef d'état-major des armées, le général Lecointre, ce qui n'est pas comparable à un accident de voiture ; leur mort n'est pas “banale”, elle révèle qu'une opération de combat est un exercice plus périlleux qu'un exercice de style. Et nul n'ignore dans l'armée de terre qu'un soldat ne meurt pas bien souvent les armes à la main, les yeux levés vers le ciel dans une conception toute romantique de la mort au combat, mais meurt en s'écrasant au sol avec son hélicoptère, en brûlant enfermé dans un char ou en explosant sur une mine. Il faut être loin des combats pour ignorer cela ; on ne meurt plus aujourd'hui sous le feu de l'ennemi dans une bataille rangée, comme le général Lannes au temps des guerres napoléoniennes.
Une opération de combat n'est pas le fait d'un homme seul, qui se distingue avec panache pour se voir reconnaître le statut de héros ; elle repose sur l'esprit de corps qui pousse chacun à tenir son rôle.
La référence à la mort accidentelle du général Diego Brosset en 1944, que vous faites, n'est donc pas probante. Au regard du rôle et du rayonnement du général, sous les ordres duquel servait mon grand-père, cela vous semble difficile d'admettre que les uns soient des héros quand l'autre ne le serait pas. S'il n'est pas mort en héros puisqu'il n'est pas mort au combat, le général Brosset a fait mieux. À la tête de la 1re division française libre, c'est en héros qu'il a écrit un des plus glorieux chapitres de l'épopée de la France libre. Mais, si l'on ne peut pas comparer le parcours de ces treize militaires avec le sien, on ne peut pas non plus comparer leur mort avec la sienne.
Selon vos critères, dans les deux cas, il s'agit d'un accident.
 
Votre référence aux héros puisée chez Marvel Comics ne me paraît pas non plus recevable, parce que les super-héros ne meurent pas. Ils n'existent que pour rassurer ceux qui ne veulent pas affronter la mort ; de ce fait, ils ne constituent pas et ne constitueront jamais une référence pour les militaires. Cette gradation dans la mort pour distinguer le plus héroïque et repousser toujours plus loin le héros ordinaire qui ne pourrait être là, devant soi, est malvenue, surtout lorsqu'elle est établie par ceux qui n'affrontent pas la mort.
 
Enfin, une opération de combat n'est pas le fait d'un homme seul, qui se distingue avec panache pour se voir reconnaître le statut de héros par ceux qui définissent les mots ; elle repose sur l'esprit de corps qui pousse chacun à tenir son rôle là où il est, jusqu'au bout, parfois aveuglément, mais toujours en faisant confiance aux autres. Ainsi, chaque mort qu'elle provoque laisse un héros humble, discret et solidaire de ses compagnons d'armes.
 
Avec vous, je tiens donc à rappeler des “évidences” : une vie donnée au nom d'une idée supérieure à son propre attachement à la vie est un sacrifice, et c'est le propre des héros de se sacrifier.
Avec Victor Hugo, je m'incline : « Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie / Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie. »
Oserais-je dire, en silence.
 
Source : Valeurs Actuelles du 13/01/2020
 
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